Super League et marchés contestables

Le 18 avril 2021, 12 grands clubs européens ont créé la Super League. Avec cette ligue de football voyant s’affronter chaque année les mêmes clubs, la garantie théorique de matchs de haut-vol, à une époque où le « foot spectacle » est devenu le meilleur moyen de générer des recettes importantes.

Cette annonce intervient dans un contexte où les places de Ligue des Champions sont rares et chères, et où les meilleurs clubs ne sont pas assurés de jouer la compétition légendaire. Rien qu’en France, la saison dernière, l’absence de qualification de l’OL pour les coupes européennes avait fait beaucoup de bruit. Au-delà des querelles médiatiques que cela avait généré, une réelle question se pose : qui mérite les places en Ligue des Champions ?

Entre un cador européen qui fait une contre-performance sur une saison, et un plus petit club pour qui les planètes s’alignent, à qui doit revenir le droit de jouer la plus prestigieuse des compétitions ? Jusqu’alors, le deuxième cas était privilégié. On pense notamment à l’édition 2003-2004, avec les parcours surprenants de Monaco, du Celta Vigo, de la Real Sociedad, du Sparta Prague, et bien-sûr du vainqueur de l’édition, le FC Porto.

Mais la création de la Super League est un vrai tournant. Sa création par des clubs historiques favorise les performances sur le long terme, et empêche les parcours atypiques et surprenants. Cette « ligue fermée » pour les grands clubs européens, qui ne sera renouvelée que de 5 membres par an, permettra aux grandes équipes de réduire leurs chances de ne pas participer à la compétition.

Le cas où un petit nombre de compétiteurs participent au jeu existe dans d’autres domaines que le football. Dans de nombreux secteurs comme l’alimentation ou la technologie, les entreprises qui se partagent le marché se comptent sur les doigts d’une main.

Cette situation s’appelle un oligopole. Un tel cas de figure peut être très néfaste : de par leur petit nombre, les entreprises peuvent s’arranger sur les prix, sur les produits proposés, et les consommateurs en pâtissent. Autrement dit, elles exploitent leur position favorable, comparativement à une situation où le nombre de compétiteurs est beaucoup plus important.

Pourtant, d’après l’économiste William Baumol, cette situation n’est pas à craindre si le marché est dit « contestable ». L’idée est simple : Si n’importe qui peut remplacer quand il veut une des entreprises, alors celles-ci ne profiteront pas de leur situation dominante, par peur de perdre leur place. Ainsi, pas de concurrence effective… Car la peur de cette dernière suffit !

Mais une des conditions d’un marché contestable, c’est la libre entrée de concurrents potentiels. Si des barrières à l’entrée existent, si on ne peut pas vendre comme on veut et quand on le souhaite des téléphones ou des médicaments, la position dominante des entreprises déjà présentes ne peut pas être remise en question.

Or, ces barrières à l’entrée sont les mêmes que celles créées par la Super League : il s’agit de remettre en cause la contestabilité de l’oligopole : « ce sont toujours les mêmes qui jouent, et tant mieux ».

A terme, une telle ligue risque de tuer toute compétition et d’éradiquer les surprises. Jusqu’alors, les places en Champions League étaient « contestables » … Et c’était quand même beau !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s